La "Bastille morlaisienne" / sommaire


La lettre de cachet dans l’Ancien Régime est un ordre royal d’emprisonnement ou d’exil sans jugement, son nom fait référence au sceau que le Roi ou son Conseil apposait sur le document. Les lettres de cachet concernaient les affaires d’Etat, la Justice et les particuliers. Ainsi, il ne faut pas généraliser les lettres de cachet aux seules affaires d’état. Si tout le monde peut faire l’objet d’une lettre de cachet, il semble qu’en Bretagne, la majorité des dossiers conservés aux archives départementales de Rennes concernent des familles de la noblesse. Les familles sont bien souvent à l’origine des lettres de cachet, mais, l’enfermement de famille n’est pas l’apanage de l’aristocratie. L’ordre royal est expédié après enquête et délibération en Conseil du Roi. L’effet des lettres de cachet était soit l’exil temporaire - peine peu usitée, soit l’enfermement, ou plutôt l’internement dans une forteresse royale, un couvent, ou toute autre Maison de Force du Royaume. Le 20 mars 1790, la Révolution française abolit les ordres arbitraires et les lettres de cachet.

Pour Funck-Brentano [Les lettres de cachet, Paris, 1926, 254 p.], "la bastille bretonne par excellence" est le château du Taureau. Entouré par les flots, le fort, ancré sur un rocher recouvert à marée haute, est quasiment imprenable. Il est isolé dans une baie parsemée d'îlots désertiques, la côte est déchiquetée et elle aussi désertique : la lande s’étendait alors à perte de vue... Closes par une double porte et un pont-levis, les seules issues sont grillées de fer ou fermées par de lourds sabords. S’en évader en sautant de la plate-forme relève de la folie, en témoigne la mort du comte de Trévou dont le corps inerte a été retrouvé sur la grève de Térénez en 1793. La maison de force du château du Taureau accueille en majorité des gentilshommes du Nord Finistère et de la côte Nord.