Motifs d’internement / sommaire


Les lettres de cachet ont très souvent pour origine des "affaires de famille". Chaque famille, comme n’importe quel groupe social, (…) doit au Roi transparence. Le Roi peut décider de l’emprisonnement de tel ou tel membre d’une famille, mais ce sont les familles qui sont à l’initiative de l’internement. Les familles veulent éviter toute infamie. La solidarité familiale fonctionne au maximum, au grand dam des "malheureuses victimes" de leur propre famille. Le Roi bénéficie d’un droit de regard au cœur des familles qui le sollicitent. Il se porte garant du respect d’un certain nombre de valeurs : la noblesse, la famille, l’honneur, le respect, la tradition, le patrimoine, la vertu, la fidélité... toutes les bassesses sont fortement réprimées.

Malesherbes en 1775, a divisé ce qu’il appelle, "les ordres de famille" en trois catégories, ce qui nous permet de mieux appréhender les causes des emprisonnements. Premièrement, il distingue les ordres demandés par "une famille pour séquestrer de la société un sujet qui les déshonore par des actions qui mériteraient l’animadversion de la justice réglée si elles lui étaient déférées". Deuxièmement, les ordres demandés par un père, ou par ceux qui exercent au lieu de lui la puissance paternelle, pour la correction des jeunes gens. Enfin, les ordres demandés par les maris contre leur femme ou l’inverse. Les causes d’emprisonnement sont fort nombreuses : le libertinage, l’inconstance, un projet de mésalliance, le dévergondage, l’ivrognerie, "l'imbécillité", la folie, la prodigalité, le manque de respect à ses parents ou à ses pairs, un écart par rapport à la religion, jusqu’aux vols, viols, meurtres... Les lettres de cachet permettent de faire échapper les auteurs de ces crimes aux rigueurs du droit commun.